Le
professeur Claude Got, accidentologue
«
faisons le procès de la voiture folle »
Le professeur Claude Got,
accidentologue et vice-président du
Ceesar (Centre européen d'études de sécurité et d'analyse dés risques), se bat
depuis 30 ans pour l'amélioration de la sécurité routière.
LE FIGARO Que pensez vous des
chiffres publiés par le ministère des trasports ?
Claude GOT. - Ils
n'ont aucun sens. Ce sont des
chiffres provisoires, fournis faute d'avoir obtenu les données définitives à
temps, que nous connaîtrons d'ici à quelques semaines.
L'année dernière, l'écart entre le nombre provisoire de
victimes et les données définitives pour l'année 2000 était de 71
unités en plus, ce qui n'est pas négligeable. Le ministre, pour tenter de
tenir ses promesses - moins 50 % de victimes sur la route entre 1997 et 2002 -,
n'hésite pas, pourtant, à comparer données provisoires et définitives...
La vérité, c'est que la route en France produit à peu près 8 000 morts par
an quoi qu'il arrive. Comparez ces
chiffres aux victimes de la vache folle, et à l'ampleur des remèdes employés.
Tant que les pouvoirs publics ne prendront pas les mesures nécessaires pour
lutter contre cette hécatombe routière, qui est la première cause de mortalité
chez les jeunes, les chiffres n'évolueront pas.
Vous jugez donc la politique de
Jean-Claude Gayssot
inefficace ?
Il
s'agit avant tout de gesticulation médiatique.
Lors du dernier comité interministériel de sécurité routière, en
octobre 2000, le ministre avait promis un renforcement des effectifs de
gendarmerie et de police, pour systématiser les contrôles et les rendre plus sévères.
En réalité, le nombre annuel de contraventions n'a pas évolué d'un
pouce, et les « interventions » sont toujours aussi courantes.
Des enregistreurs de vitesse (ou boîtes noires) et des éthylotests
anti-démarrage devaient être testés dans deux départements pilotes auprès
des conducteurs récalcitrants : rien n'a été fait. L'exemple le plus décourageant
est celui de l'immatriculation des
cyclomoteurs,
proposée dès 1997, pour prévenir le vol, les véhicules trafiqués et le
bruit. Alors qu'un simple règlement
aurait suffi, les députés ont voté une loi pour rendre obligatoire cette
immatriculation. Mais on attend
toujours les décrets d'application.
Comment expliquez-vous
Un tel attentisme ?
Quand
M. Gayssot s'est fixé cet objectif de 50 %, il ne se rendait pas compte de la tâche
à accomplir. La majorité des Français
souhaitent des règlements pour permettre une conduite plus sûre, mais le lobby
de la grande vitesse est très actif, et il faut beaucoup de courage politique
pour y faire face. L'Allemagne, qui
possède des portions de routes où la vitesse n'est pas limitée, sait également
peser de tout son poids sur notre gouvernement.
Quel serait donc le programme idéal
pour améliorer la
sécurité routière ?